Si aujourd’hui se laver les mains fait partie de notre quotidien et encore plus de celui des médecins, cela n’a pas toujours été le cas. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’Ignace Philippe Semmelweis eu le premier l’intuition que l’on pourrait sauver des vies simplement en se lavant les mains avant une intervention médicale. Loin de faire l’unanimité de son vivant, sa théorie ne fut validée par le monde de la médecine qu’après sa mort.

© Jacqueline Macou

La fièvre puerpérale : fléau des femmes en couche au début du XIXe siècle

À cette époque, les normes d’hygiène ne sont pas les même qu’aujourd’hui. Par exemple, il est possible d’assister à une dissection comme on assiste à un spectacle. C’est d’ailleurs comme cela que Semmelweis, un jeune hongrois de 26 ans, a décidé de quitter le droit pour se tourner vers des études de médecine.

En 1846, il entama son internat au sein du département obstétrique de l’hôpital central de Vienne (établissement qui jouissait d’une très grande réputation). À l’époque, le grand mal qui frappait les femmes en couche en Europe était la fièvre puerpérale. Les principales théories qui expliquaient cette infection rendent compte des lacunes d’alors. On considérait généralement qu’elle était dues à des particules dans l’air qui entraient dans les poumons et déclenchaient la fièvre. De plus, comme ce mal touchait essentiellement les femmes après un accouchement ou une fausse-couche, on estimait que la fièvre puerpérale était propagée par les “femelles”.

L’hôpital central de Vienne disposait alors de deux services de maternité. L’un formait les médecins, l’autre les sage-femmes. Dans le premier, les étudiants en médecine aidaient les femmes à accoucher, souvent après avoir disséqué des cadavres et sans s’être laver les mains entre les deux, on n’y voyait pas l’intérêt à l’époque… Ce service enregistrait un taux de décès postnatals de 10 à 40% dû à la fièvre puerpérale. Étrangement, l’autre service de maternité de l’hôpital formant les sages-femmes, qui elles de disséquaient pas de cadavres, comptait seulement 3% de décès postnatals… bizarre bizarre 🤔

Semmelweis : le “père” du lavage de mains

Voyant des femmes mourrir chaque jour de la fièvre puerpérale, Semmelweis décide de se consacrer à la baisse de la mortalité. Très vite, il se rendit compte que c’était le contact peau à peau entre le malade et le médecin qui déclenchait l’infection. Il en déduit donc que pour baisser la mortalité en couche, il suffisait que les médecins se lavent et se désinfectent les mains entre chaque patiente, et surtout, entre une dissection et une consultation ou une intervention. Ce concept était révolutionnaire!

Il mit en pratique cette hypothèse au sein de son service, en imposant le nettoyage des mains et très rapidement la mortalité baissa de moitié.

Robert A. Thom, Semmelweis dans le service des naissances de l’Hôpital général de Vienne © Collection of the University of Michigan Health System

Une idée difficile à imposer

Cependant, sa théorie ne fut pas systématiquement bien accueillie. Ainsi, Johann Klein, son prestigieux chef de service, ne voyait pas l’utilité de se laver les mains et attribuait la chute de mortalité au changement du système de ventilation du service.

Semmelweis, voulant à tout prix imposer son idée, se disputait régulièrement avec son supérieur et publia sa théorie sans son autorisation. Klein, en colère, décida de ne pas l’embaucher à la fin de son internat. En 1848, le hongrois qui se retrouva à la rue.

Naquit alors une terrible rancoeur. Semmelweis organiser des conférences au cours desquelles il condamnait son ancien directeur et ses pratiques obsolètes et dangereuses. Des médecins de toutes l’Europe venaient assister à ses cours et beaucoup adhérèrent à ses idées. De même, il conservait des alliés à l’hôpital. Ces derniers l’encouragèrent à mener une étude rigoureuse afin de démontrer son hypothèse, jusque là confirmée de façon empirique. Mais probablement afin de participer à la révolution hongroise, il retourna dans son pays au bout de quelques mois abandonnant tous ceux qui s’étaient mouillés pour lui.

Un homme peu apprécié

De retour à Budapest, il obtint un bon poste à l’hôpital où il put mettre en place ses préceptes. Très vite il montre d’excellents résultats avec une baisse significative de la mortalité liée à la fièvre puerpérale. Si bien qu’un décret du gouvernement hongrois systématisa sa méthode. Mais son comportement autoritaire et paranoïaque était tel que la plupart de ses collègues le détestaient.

Semmelweis refusait toujours de mener une étude sérieuse pour prouver scientifiquement sa théorie. Il considérait qu’il n’avait pas de temps à perdre à démontrer l’évidence. Cependant, il publia en 1860 un ouvrage indigeste de près de 600 pages, redondant et au style presque violent. Il listait, entre autre, les médecins qui refusaient d’appliquer ses principes, les traitant d’assassins. L’ouvrage fit polémique sans vraiment convaincre. Pire, le livre était si mal écrit que ses adversaires l’utilisèrent contre lui et ses idées.

Très affectée par la non reconnaissance de sa théorie et son éviction de l’Hôpital de Vienne, son comportement s’aggrava. Il développa une paranoïa, dépressive et agressive, à tel point qu’il fut limogé de l’Hôpital de Budapest.

Portrait d’Ignace Philippe Semmelweis par Eugen Doby

Une fin tragique

En 1865,  alors qu’il pratiquait une dissection, Semmelweis se fit une piqure anatomique (légère coupure réalisée lors d’une dissection entrainant généralement la mort par infection ou empoisonnement du sang). Conscient de ce qui allait lui arriver, il paniqua et délira. Ses proches décidèrent de le conduire à Vienne, non pas pour être soigner à l’hôpital, mais pour être interné à l’asile des aliénés. Il mourût trois semaines plus tard dans d’atroces souffrances.

Semmelweis sombra dans l’oubli jusqu’en 1924 où un étudiant en médecine, Louis Destouches, lui consacra sa thèse de fin d’étude. Connu peu de temps après sous le nom de Céline, le futur auteur avait décelé l’aspect romanesque de la vie du médecin hongrois.

L’hygiène des mains de nos jours

Aujourd’hui encore, les préceptes de Semmelweis ne sont pas systématiquement appliqués en milieu médical ! LOMS a constaté que 50% à 70% des cas d’infection en milieu hospitalier pourraient être éviter si le personnels prenait plus au sérieux l’hygiène des mains qui n’est pratiqué de manière correcte qu’à 50% en moyenne dans le monde ! L’OMS a donc lancé une campagne de sensibilisation en partenariat avec des hôpitaux à travers le monde et instauré le 5 mai comme journée mondiale de l’hygiène des mains.

Comme chacun sait, il n’y a pas que pour les médecins qu’il est essentiel de bien se laver les mains. L’actualité, avec le Coronavirus, nous rappelle toute son importance. Il s’agit d’un des principaux gestes barrières pour te protéger toi et tes proches des infections et des virus. Alors n’oublie pas de te laver les mains régulièrement ! 😉

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Par Sophie V.