Orange entre les mains, ongles rouges. Fond rouge.

Ok, il est clair que les temps ont quand même un peu changé depuis quelques années. L’utilisation des jouets sexuels tend à se banaliser. Les femmes osent de plus en plus s’exprimer sur leur sexualité et leur quête du plaisir. Néanmoins, cette parole féminine a encore du mal à se déployer de façon décomplexée dans l’espace public.

Ouvrez-les manuels page 69.

Organe de 7 à 15 cm, constitué d’un gland et de corps caverneux qui se gonflent lors de l’excitation, il s’agit du … ? Clitoris, bien vu !

Portrait de Dr. Helen O'Connell

Dr. Helen O’Connell – sms.com.au

On doit la découverte en 1998 de l’anatomie de cette organe dédié au plaisir féminin au Dr. Helen O’Connell. Cette urologue australienne a publié une série d’articles scientifiques sur ces recherches sur l’anatomie du clitoris qui ont permis de mettre en lumière, le biais des travaux sur le genre menée jusqu’alors.

Les travaux du Dr. O’Connell ont notamment permis la re-caractérisation de la fonction sexuelle du clitoris et, par extension, de la sexualité féminine. Il a fallu néanmoins attendre 2017, afin qu’une représentation correcte du clitoris soit présentée dans un manuel scolaire de SVT (édition Magnard).

Pourtant, le sexe féminin agite les passions depuis la nuit des temps. Des représentations de vulves ont été retrouvées de toutes époques. La plus ancienne connue est une sculpture d’une femme nue, datée de plus de 35 000 ans, taillée dans de l’ivoire et retrouvée en Allemagne dans la grotte de Hohle Fels. Je trouve que cette sculpture est un manifeste célébrant les corps féminins, pas vous ? 😉 Mais alors, comment s’explique la croyance que les femmes ne sont pas très portées sur le cul ?

La Vénus d'Hohle Fels

La Vénus d’Hohle Fels – fr.wikipedia.org

Le désir féminin passée sous la loupe des hommes :

L’idée que les femmes auraient des besoins sexuels plus faibles que ces messieurs a commencé à émerger à la fin du Siècle des Lumières. D’après le psychiatre Richard von Kraff-Ebing (1840 – 1902), les femmes de constitution mentale et physique saine et, ayant reçues une éducation appropriée, ne ressentent que très peu de désir sexuel et, c’est une qualité permettant à ces femmes d’embrasser la vie familiale et matrimoniale. Autrement dit, moins une femme aura envie de sexe, plus elle sera une bonne mère et une bonne épouse. Vive l’assignation des femmes aux soins de son époux et de leurs enfants.

Selon le Dr. Sigmund Freud (1856-1932), neurologue et psychanalyste contemporain de Richard von Kraff-Ebing, la petite fille est un petit homme ; le clitoris est un organe s’apparentant à l’appareil sexuel masculin et par conséquent, les orgasmes clitoridiens sont les orgasmes de « femmes immatures et frigides ». Je vous laisse deviner à quoi étaient donc liés les orgasmes des « femmes matures » : à la pénétration par un pénis ! #SexualitéHétéroNorméeQuandTuNousTiens

De nos jours, le poids de ces dogmes est encore très présent et modèle la sexualité dans notre société. Lorsqu’une femme a une vie sexuelle épanouie et assumée en étant célibataire et /ou en étant mère, cette femme est souvent jugée comme étant une mauvaise mère et/ou une femme de petite vertu. Le sexe non-pénétratif (aka les préliminaires) est considéré, comme un amuse-bouche avant le sexe pénétratif vu, quant à lui, comme LE plat de résistance où l’éjaculation masculine est la finalité.

La couette, siège d’un rapport de force patriarcal :

Je fais partie de cette dernière génération ayant découvert sur le tard par ses propres moyens ce qu’était le clitoris et, comment il fonctionnait. J’avais 20 ans et ça faisait déjà 4 ans que j’avais débuté ma vie sexuelle. Et, malgré le fait que je me masturbe depuis toute petite, ces premières années de vie sexuelle ont été catastrophiques notamment parce qu’à cette époque, pour moi le « vrai » sexe était réduit à la pénétration de mon vagin par le pénis de mon copain de l’époque.

Plus tard, j’ai commencé à déconstruire mon rapport aux hommes et à mon hétérosexualité. Je me suis ainsi rendue compte de la multitude de violences silencieuses que j’ai subi avec mes partenaires sexuels : la domination de mon corps (sans mon consentement), la minimisation de ma douleur, l’invisibilisation de mon plaisir ou de mon NON.

Malheureusement, je ne suis pas la seule à avoir vécue ces violences comme le montre l’enquête publiée par le collectif #NousToutes en mars dernier : 8 femmes sur 10 rapportent avoir subi des violences psychologiques, sexuelles ou physiques lors de rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires, 1 femme sur 4 partage avoir continué de subir un rapport après avoir exprimé le souhait de vouloir y mettre fin…

Ces chiffres édifiants illustrent bien à quel point, la culture du viol et le patriarcat sévissent sous nos couettes. Ces comportements masculins sont notamment entretenus par les images véhiculées par la pornographie mainstream qui normalise la violence sexuelle envers les femmes, auprès de la jeune génération.

La révolution est en marche :

Cookie rose avec un message "more orgasms please".

@ridethecowgirl – instagram

Comme je le disais au tout début de cet article, les choses évoluent cependant. De plus en plus, les femmes osent faire entendre leurs voix dans l’espace public : des conférences, des podcasts, des blogs, des festivals, des comptes sur les réseaux sociaux, des associations sont créés chaque année. L’application de rencontre Bumble & Bumble©, par exemple, redonne la possibilité aux femmes d’entamer les premières la discussion avec leurs matchs.

De nouveaux outils sont créés et permettent l’échange et l’exploration de notre corps et de notre sexualité propre. Allez, parce que je vous aime bien, je vous partage quelques comptes Instagram incontournables selon-moi quand on commence à déconstruire sa sexualité.

Bonne lecture 😉 et surtout masturbez-vous bien mesdames !

  • Le compte de la génialissime Charline, @orgasme_et_moi
  • Le compte de la rayonnante Masha, @mashasexplique
  • Le compte de la flamboyante Camille, @jemenbatsleclito

Loubna B.